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NOTE SUR L’ÎLE SAINT HONORAT - Lérins, le 23 mai 2006.
Fr. M. Vladimir GAUDRAT (Abbé de N. D. de Lérins)
L’île Saint Honorat est la plus petite des 2
îles constituant l’archipel de Lérins dans
la baie de Cannes. Elle est la propriété de
la Congrégation Cistercienne de l’Immaculée
Conception reconnue par décret du Premier ministre
du 12.06.1980. C’est un site classé par arrêté
ministériel du 17 septembre 1941 sur le fondement de
la loi du 2 mai 1930. Elle a une superficie de 42 hectares
dont 18 hectares de bâtiments et terres agricoles et
22 hectares d’espaces forestiers et naturels périphériques.
Les 2 îles de Lérins sont les seuls espaces littoraux
des Alpes-Maritimes offrant une continuité entre les
milieux naturels terrestres et la mer sans voies de communication
ni construction. C’est aussi le seul domaine privé
de cette taille ouvert au public.
Les espaces forestiers et naturels sont gérés
en collaboration avec l’ONF avec un financement provenant
de la taxe sur les passagers maritimes embarqués à
destination d’espaces naturels protégés
(loi 1995). Au niveau de la faune, il y a un grand nombre
d’espèces d’oiseaux. Un inventaire ZNIEFF
02200 a montré la diversité de ces espèces
qui sont principalement des passereaux mais aussi des corvidés
et quelques rapaces (Corneille noire et Choucas des tours,
Faucon crécerelle, mésanges, fauvettes, Verdier,
Pic vert, Hibou petit duc, Huppe fasciée, Rossignol
philomèle. . .). Une grande partie de ces espaces est
ouverte au public (environ la moitié soit 11 hectares
approximativement). C’est un espace à la fois
restreint et fragile. Il est sur la liste des sites de la
directive européenne Natura 2000.
Il existe une communauté monastique sur l’île
depuis 16 siècles avec l’interruption de la Révolution
française. Cette longue histoire monastique ainsi que
l’histoire militaire de ce site stratégique a
laissé de nombreux bâtiments sur l’île
dont un certain nombre sont classés au titre des monuments
historiques (Monastère fortifié, 2 chapelles,
fours à boulets). En dehors de sa mission de prière
qui est pour elle l’essentiel, la communauté
pratique un large accueil de personnes à la recherche
de silence et de spiritualité. Elle peut accueillir
environ 40 personnes. Pour préserver le recueillement
des hôtes, il existe des espaces réservés
pour eux. De nombreuses personnes viennent aussi une journée
sur l’île à la recherche de prière
et de silence. Pour subvenir à ses besoins, la communauté
a une exploitation viticole de 7 hectares. Elle envisage de
remettre en production les 400 oliviers qui se trouvent sur
l’île. Elle est un des 3 exploitants agricoles
de la commune de Cannes et pratique une agriculture respectueuse
de l’environnement (utilisation des techniques de confusion
sexuelle pour le ver de la grappe . . .).
Pour assurer la desserte de l’île, la congrégation
a bénéficié depuis le 19ième siècle,
en tant que propriétaire, d’une Autorisation
d’Occupation Temporaire pour la construction et l’utilisation
de débarcadères avec permission de sous-louer
les débarcadères à une compagnie privée
de transport. Les moines avaient conclu des contrats de location
avec deux compagnies, l’une de Cannes, l’autre
de Golfe-Juan et ce système a fonctionné de
manière à peu près satisfaisante jusque
dans les années 1975. Le décret n° 79-518
du 29 juin 1979 ayant édicté de nouvelles règles
relatives à l’occupation du domaine public maritime
a substitué des Concessions Trentenaires aux AOT dont
la dernière venue à expiration le 31 décembre
1982, n’a pas été renouvelée. Après
différentes instructions administratives dont une enquête
publique, l’Abbaye s’est vue attribuer une concession
trentenaire des débarcadères de l’île
par Arrêté Préfectoral du 24 août
1989. Cette concession a été accordée
« dans l’intérêt général
de la desserte de l’île Saint Honorat et du caractère
monastique des lieux », elle est « exclusivement
personnelle et le concessionnaire ne peut accorder d’autorisation
d’occupation ou d’usage sans l’accord du
concédant ». À la même époque,
la présence de plusieurs compagnies de bateaux sur
Cannes et l’existence d’une véritable guerre
navale entre elles aboutissait à une situation ingérable
et à une augmentation de la fréquentation de
l’île (environ 200 000 personnes par an) incompatible
à long terme avec sa vocation monastique. L’Abbaye
a d’abord essayé de signer 2 conventions de sous-traité
avec 2 compagnies de bateaux, mais celles-ci n’ont pas
été approuvées par l’autorité
préfectorale. Elle a donc décidé avec
l’accord de l’autorité préfectorale
de desservir directement l’île qui est sa propriété
par l’intermédiaire d’une EURL (Planaria)
dont la Congrégation est l’unique associée
(1998). Ne voulant tirer aucun profit de cette exploitation,
l’Abbaye a décidé d’affréter
des bateaux auprès des compagnies amarrées au
port de Cannes et d’assurer elle-même la tenue
de la billetterie pour pouvoir contrôler la situation.
Finalement, une seule des compagnies travaillant sur le port
de Cannes a accepté de travailler avec nous. Cette
solution a fonctionné depuis 7 ans malgré d’innombrables
pressions locales parfois violentes et a permis, à
la fois d’assurer le transport dans de bonnes conditions
et de maintenir la fréquentation de l’île
à un niveau acceptable (75 000 personnes par an). La
communauté a dû également à ses
frais reconstruire complètement un débarcadère
pour que celui-ci soit conforme aux normes de sécurité.
Pour situer l’atmosphère de la mise en place
de ce système de desserte de l’île, on
peut mentionner le fait que les dirigeants d’une des
compagnies de bateaux qui desservaient l’île jusqu’en
1998 ont été mis en examen et en détention
provisoire en mars 2006 pour associations de malfaiteurs,
blanchiment d’argent et abus de biens sociaux et que
les bateaux ont été mis sous scellés.
Pour pouvoir assurer tranquillement la desserte de l’île,
l’Abbaye a sollicité le Tribunal de Grande Instance
de Grasse qui s’est prononcé en référé
le 7 juin 2000 en interdisant aux compagnies de bateaux d’utiliser
le ponton de l’île Saint Honorat pour débarquer
des passagers sous astreinte de 50 000 francs par infraction
constatée. Ce jugement a été confirmé
par la Cour d’Appel d’Aix en Provence le 14 décembre
2001. Un jugement sur le fond est toujours en cours auprès
du Tribunal de Grande Instance de Grasse.
Le Tribunal Administratif de Nice dans un jugement du 15
avril 2003 tout en confirmant la légalité de
la convention de concession attribuée à la Congrégation
a annulé des lettres du préfet qu’il considère
comme contenant des décisions implicites. Ces lettres
enjoignaient aux compagnies de ne plus utiliser les débarcadères.
Le motif invoqué est la nécessité d’une
desserte concurrentielle de l’île, même
si le tribunal reconnaît que la concession « a
pour but de confier au concessionnaire l’organisation
éventuelle des transports vers l’île. »..
L’État ainsi que la Congrégation ont fait
appel du jugement à la Cour d’Appel Administrative
de Marseille.
Les compagnies de bateaux ont alors saisi en référé
le Tribunal de Grande Instance de Grasse pour faire annuler
l’ordonnance du 7 juin 2000 au motif que le jugement
du Tribunal Administratif de Nice serait un fait nouveau.
Par ordonnance du 28 juillet 2004, le tribunal de Grande Instance
de Grasse a débouté les compagnies de leur demande
en ne considérant pas le jugement du tribunal Administratif
de Nice comme un fait nouveau et a maintenu l’interdiction
de débarquer sous astreinte. Ce jugement n’a
pas été modifié par la Cour d’Appel
d’Aix en Provence le 3 mai 2005.
La Société Trans Côte d’Azur a
alors saisi le Conseil de la Concurrence pour obtenir le rétablissement
d’une desserte concurrentielle de l’île
Saint Honorat en permettant un libre accès à
l’appontement pour l’ensemble des compagnies de
transport maritime. Dans une décision du 8 novembre
2005, le Conseil de la Concurrence a rejeté toutes
les demandes de la Société Trans Côte
d’Azur en estimant que la création de la compagnie
de transport Planaria et sa desserte monopolistique de l’île
répondent à une nécessité objective
de la part de la Congrégation cistercienne de l’Immaculée
Conception, justifiée par la géographie particulière
des lieux, le caractère privé de l’île
et la nécessité d’assurer la maîtrise
du flux des visiteurs. Aucune solution, permettant d’atteindre
les mêmes objectifs mais présentant moins de
restrictions de concurrence, n’a pu être mis en
évidence. Ce jugement a fait l’objet d’un
communiqué de presse. La Société Trans
Côte d’azur a fait appel de ce jugement.
La Cour d’appel Administrative de Marseille a siégé
en audience publique le 3 mai 2006 pour examiner la demande
d’appel sur le jugement du Tribunal Administratif de
Nice du 15 avril 2003. Au cours de cette audience, le commissaire
du gouvernement a demandé l’annulation en toutes
ses parties du jugement du Tribunal Administratif de Nice
du 15 avril 2003. Le jugement a été mis en délibéré
sous un mois.
La Cour d’Appel de Paris a examiné en audience
publique le 16 mai 2006 la demande d’appel de la décision
du Conseil de la Concurrence du 8 novembre 2005. Le représentant
du ministère public a demandé la confirmation
de la décision. Le jugement a été mis
en délibéré au 4 juillet 2006.
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